Les enseignants du LMB dénoncent une réforme de dupes dangereuse pour l'enseignement.

Nous dénonçons cette réforme qui programme une dégradation sans précédent des conditions de l’enseignement. Le ministre habille son projet d'un vocabulaire séduisant : «Accompagnement personnalisé, Stage passerelle, Enseignement d’exploration. Qu’en est-il exactement ? L'accompagnement personnalisé : un leurre. Les stages-passerelles : une plaisanterie. Les nouveaux enseignements d'exploration : une supercherie. Les nouveaux professeurs en poste à temps complet : un scandale. Les vrais mots clefs de la réforme : Suppressions de postes, manque de personnel éducatif, diminution des horaires d’enseignement, amoindrissement des contenus, saupoudrage des connaissances, détérioration des conditions d’apprentissage, dégradation de la qualité de l’enseignement, déresponsabilisation de l’Etat.


Appel aux parents d’élèves

Double instrumentalisation.

Sachez que vous êtes doublement instrumentalisés :

Vous êtes instrumentalisés par le ministère de l’Education Nationale qui s’appuie à l’envi sur le sondage de décembre 2010 qui révèle que la réforme est largement plébiscitée par les Français. C’est ainsi que l’on peut lire sur le site du ministère : « Les mesures qui composent la réforme sont toutes largement approuvées par les Français, comme notamment : proposer aux élèves volontaires des stages de remise à niveau pour éviter le redoublement (93 %), la mise en place de l’accompagnement personnalisé de deux heures par semaine (88 %), le tutorat pour l’orientation (86 %), l’enseignement des langues en groupes de compétence (84 %). (…) 73 % des sondés estiment que le projet de réforme du lycée va permettre de prendre davantage en compte les spécificités de chacun des élèves et de mieux les orienter. 63 % considèrent également qu’il va améliorer le fonctionnement du lycée. » De tous les Français à tous les parents d’élèves, la confusion est tentante, de même que de tous les Français à tous les Français avertis, alors même que les 1007 sondés ont de 18 ans à plus, et donc ne sont pas tous parents d’élèves, et que 40% déclarent n’avoir jamais entendu parler de cette réforme, quand sur les 60% qui en ont entendu parler, 16% seulement déclarent savoir de quoi il s’agit précisément. Vous reconnaissez-vous dans ce panel représentatif ? Et désormais informés, approuvez-vous cette réforme ?

Vous êtes instrumentalisés par les lycées aussi qui contraints et forcés d’appliquer l’inapplicable, dont les points phare de la réforme qui en sont aussi les points aveugles, préparent aux élèves et à leurs parents une belle désillusion tout en essayant de sauver les apparences. Vous avez sans doute été conviés à une réunion de présentation au cours de laquelle vos inquiétudes ont été calmées, la complexité de la tâche néanmoins affirmée, avec une ou deux pointes d’humour pour détendre l’atmosphère. Des questions de fond il n’a certainement pas été question. Or nous vous invitons à vous les poser. Quelle est la véritable raison d’être de cette réforme ? Ne faut-il pas en tant que parents d’élèves refuser d'entrer dans ce jeu de dupes ?

Rejoignez-nous!

Faire appel à vous n’est pas pour nous tenter à notre tour de vous instrumentaliser en vous ralliant sous quelque prétexte fallacieux à notre cause. Certes, il en va aussi pour nous de nos conditions de travail et donc de l’exercice de notre métier au quotidien. Mais comme le long texte de la pétition que nous avons largement signée en témoigne, les raisons pour lesquelles nous nous opposons à cette réforme débordent largement la seule défense de notre cadre professionnel. Nous en appelons à votre jugement personnel, par delà les sondages, par delà aussi certaines positions de fédérations de parents d’élèves, parfois hâtives ou ambigües, et nous en appelons à votre responsabilité qui comme la nôtre est engagée car l’éducation nationale est l’affaire de tous. Nous en appelons aussi à votre âme et conscience car la question de savoir s’il faut faire quelque chose contre cette réforme n’est pas politique ni idéologique, elle est éthique, et c’est ce qui fait que d’horizons pourtant fort différents nous autres enseignants du lycée Berthelot sommes quasi unanimes. Avons-nous moralement le droit de laisser en héritage à nos successeurs, élèves et professeurs, un lycée ruiné pour raison d’économie de moyens, un lycée en bien moins bon état que celui que nous avons connu? Avons-nous en conscience le droit de priver les générations suivantes de la culture à laquelle nous-mêmes, formés autrement, nous avons eu droit ? Là où par contre la question devient pour nous politique, c’est dans la mesure où, représentants et exécutants de l’Etat en tant que fonctionnaires, nous sommes atterrés devant l’irresponsabilité de celui-ci en matière d’enseignement. Cette politique de suppressions des postes est à ce point suicidaire pour l’éducation nationale que nous nous interrogeons : est-ce là une politique à court terme dont le seul but est de pouvoir annoncer crânement dans deux ans que le pari fou de supprimer des dizaines de milliers de postes a été tenu, avec à charge pour les suivants de recoller les morceaux et de réparer les dégâts ? Ou peut-être sommes-nous à un tournant de l’histoire du lycée en France, mais alors quel virage extrêmement dangereux, pris à 300 km/h, sur une bien mauvaise pente, et promis à envoyer dans le décor plusieurs millions de personnes !



Notre opposition n’est pas non plus une opposition de principe à tout changement du lycée, bien placés que nous sommes pour savoir qu’il est loin d’être parfait, et la preuve que nous ne sommes pas à priori hostiles à toute réforme, c’est le temps que nous avons pris pour comprendre de quoi il en retournait. Un temps sans doute trop long, qui tient aussi à la lenteur calculée avec laquelle le ministère a distillé les informations, et qui fait qu’il est peut-être trop tard pour arrêter les bulldozers. Ce qui est certain, c’est que seuls nous n’y parviendrons pas, et que pour avoir une chance d’éviter le pire au lycée nous avons besoin de vous. C’est pourquoi nous vous lançons cet appel : si vous êtes convaincus comme nous qu’il faut empêcher la mise en application de cette réforme, rejoignez-nous.



Annexe :

Un père d’élève, par ailleurs enseignant, témoigne, en Candide déniaisé, après une réunion de présentation de la nouvelle seconde au lycée où rentrera son enfant : http://perpendiculaires.free.fr/?p=1438

Des parents d’élèves du lycée Berlioz de Vincennes ont rejoint les enseignants dans la lutte contre la réforme : http://hberlioz.blogspot.com/

Professeur non remplacé : un délégué de parents d'élèves dépose plainte contre Luc Chatel et appelle d’autres à faire de même : http://www.liberation.fr/societe/0101619549-profs-non-remplaces-un-parent-d-eleve-depose-plainte-contre-chatel