Audit top secret du ministère en 2008.
Rappelons-nous, car c’est très éclairant, que sous Xavier Darcos, le ministère de l’Education Nationale avait commandé un audit top secret à l’IGN et à l’IG des Finances. La conclusion de ce rapport d’audit rendu public fin août 2008 est que les suppressions d'emplois massives, programmées par le gouvernement pour, à l’époque, les quatre années à venir, ne peuvent être réalisées qu'à coup de réformes structurelles. Il se fonde sur la mise en œuvre d'un scénario d’"optimisation des moyens" au détriment du système éducatif (dixit les rédacteurs de l'audit eux-mêmes). Il s'agit, en premier lieu, de réduire horaires obligatoires, contenus et même enseignements au lycée, tout en poursuivant la suppression d'options. Il faut, en second lieu, changer profondément la condition enseignante en s’appuyant sur "Le livre vert" piloté par M. Pochard. Il faut, enfin, y adjoindre une politique d'accroissement de l'autonomie locale (pilotage des résultats, nouveaux modes d'évaluation…). Selon les projections réalisées alors, les réformes structurelles conjuguées permettent d'économiser sur l'ensemble du système éducatif environ 85 à 95 000 ETP (emplois à temps plein) sur cinq ans, dont environ 16 à 17 000 pour la seule réforme du lycée général et technologique, dont 10 000 pour la seule classe de seconde dès la rentrée 2009. Le Ministère de l’Education Nationale prévoyait alors, de manière confidentielle, une " économie " de 17 000 ETP rajoutée comme suit : 7 000 en 2009 ; 5 000 en 2010 ; 5 000 en 2011.
Parole officieuse des proviseurs.
Les proviseurs de lycée sont, notamment au sujet des fameuses deux heures de soutien personnalisé, chargés d’une mission impossible puisque les moyens pour appliquer cet aspect de la réforme sont inexistants. Cet aveu d’impuissance et d’inapplicabilité une fois formulé à demi-voix, que faire ? Dans les différents lycées, des demies journées banalisées ont été organisées afin qu’administration et enseignants réunis y réfléchissent en des termes machiavéliens : l’accompagnement personnalisé étant condamné à rester un vœu pieu, il faut bien trouver quelque ruse pour faire semblant de le mettre en œuvre. Ou comment faire un enfant dans le dos aux parents d’élèves sans qu’ils s’en aperçoivent ? A Berthelot nous avons collectivement refusé de nous prêter à ce jeu. Le projet actuel décidé par l’administration et appelé à être proposé au CA est de se servir de ces deux heures pour des devoirs surveillés, par groupe de deux classes, sous la surveillance d'un stagiaire qui serait ainsi partiellement allégé de quelques heures de cours : l'accompagnement personnalisé serait donc 70 élèves environ, dans une salle, avec interdiction de parler avec qui que ce soit! Cela peut paraître cynique et absurde d’en arriver là, mais cela relève du réalisme politique auquel contraint une réforme elle-même contradictoire en ce qu’elle a pour objectifs avoués de faire plus et mieux et pour objectif réel une réduction draconienne des moyens de faire quoi que ce soit.
Echec de la débauche d’heures sup.
Depuis deux ans, les enseignants sont plus que fortement incités à multiplier les heures supplémentaires à volonté, avec des appels du pied financiers très appuyés puisque ces heures supplémentaires sont défiscalisées et donnent droit, à partir de trois heures supplémentaires hebdomadaires, à une prime de 500 euros annuelle. Pour donner un ordre d’idées, un professeur agrégé acceptant quatre heures supplémentaires hebdomadaires touche au total presque 5000 euros dans l’année, exemptés de tout impôt. Qui refuserait une telle offre ? La grande majorité des enseignants. « Tout homme a son prix pour lequel il se vend » rappelle le philosophe Kant, mais, à ce jour la majorité des enseignants sans être en esprit de sainteté et sans effort surhumain refuse de marchander son enseignement, primo car cela reviendrait à le brader (quatre heures supplémentaires signifient au moins une classe supplémentaire qui serait la classe de trop pour pouvoir bien faire son métier), deuxio car cela reviendrait à voler à quelqu’un la possibilité d’exercer lui aussi ce métier (quatre agrégés qui acceptent quatre heures sup c’est un poste d’agrégé supprimé). Si le calcul était de permettre par cet appât financier le non remplacement des départs en retraites, c’est raté. Mais qu’à cela ne tienne : la réforme du lycée et la non formation des stagiaires remédieront à ce manque à perdre…
Apartés d’inspecteurs de l’Education Nationale.
Tenus au devoir de réserve, certains inspecteurs de l’Education Nationale ont quand même fait part à telle ou tel collègue, en aparté, de leur étonnement devant l’absence de réaction dans certaines disciplines quand historiquement l’enseignement n’a jamais été aussi clairement non pas menacé mais attaqué. A bon entendeur…