Dessous surtout puisque dans beaucoup de disciplines les horaires baissent, d’une manière il est vrai peu significative vue de l’extérieur –une heure par ci une heure par là est-ce si grave ?- mais d’une manière à court et à long terme lourde de conséquences. La conséquence immédiate qui est le but recherché est que chaque professeur aura au moins une classe en plus, et, en accord avec la même logique de réduction de postes par augmentation du nombre de classes par enseignant en service, chaque professeur fera vraisemblablement la totalité de ses heures de cours en classe complète. La conséquence médiate est que le programme dans chaque discipline sera tout bonnement infaisable. C’est ce que découvrent avec inquiétude les collègues qui ont la « chance » de savoir ce qu’ils seront sensés traiter dans quelques mois, la « chance » car dans plusieurs matières ces programmes ne sont pas encore publiés : même rédigés à la va-vite cela prend du temps d’inventer de nouveaux programmes, et les plus rapidement pondus non seulement font comme si les horaires n’avaient pas diminué mais en plus font preuve d’ambitions parfois démesurées ou complètement déplacées. Or un professeur qui ne respecte pas un programme est un professeur en faute. Il faudra donc que chacun bricole, bidouille, ruse dans son coin pour faire au mieux tout en sachant pertinemment qu’il fera moins bien qu’avant et que quoi qu’il advienne il le fera mal. Les élèves de leur côté ne seront pas en reste : la conséquence sur le moyen et long terme pour les élèves est que nécessairement ils en sauront moins que leurs prédécesseurs et que ce qu’ils sauront ils l’auront plus mal appris, parce qu’appris dans l’urgence du survol et le plus souvent en classe complète. Heureux ceux qui auront eu droit à des TP de sciences, des séances en salle informatique et des exercices en laboratoire de langues, autant d’activités qui étaient la règle pour tous les lycéens depuis plusieurs années et deviendront l’exception.
Cela n’a l’air de rien une heure, parfois même une demie heure de plus ou de moins par ci par là, en maths, en physique, en histoire etc. Vu de l'extérieur c'est peu spectaculaire et cela n'impressionne d'ailleurs guère les fédérations de parents d'élèves ni les journalistes. Mais ce que cela prépare au niveau du lycée, c’est le même genre de désastre que celui opéré dans le primaire, et orchestré, là aussi, en haut lieu par l’Education Nationale. Nous autres enseignants du lycée nous retrouverons dans le même genre de situation de porte-à-faux que nos collègues du primaire qui ont pour certains choisi d’entrer en résistance pour avoir une chance d’apprendre à lire et à écrire convenablement à leurs élèves. Et notre situation à tous commence sérieusement à ressembler à celles de nombreux travailleurs qui pour des raisons de rentabilité sont condamnés à mal faire leur travail et à en souffrir, avec pour spécificité que nos « usagers » à nous sont des élèves et non des clients.